Une nouvelle page d’histoire de la gastronomie africaine est bien en train de s’écrire. Hamaji Magazine a eu le privilège de rencontrer dans son restaurant de Kigali au Rwanda : Meza Malonga , le chef aux multiples récompenses Dieuveil Malonga. L’enseigne est déjà référencée parmi les 50 meilleurs restaurants au monde. La star de la cuisine fusion africaine nous parle de ses projets.

Parlez-nous de vous.
Je m’appelle Dieuveil MALONGA et je suis originaire du Congo. J’ai grandi en Allemagne et vécu en France pendant plusieurs années. Je suis propriétaire et chef du restaurant afro-fusion Meza Malonga, à Kigali au Rwanda et fondateur de Chefs in Africa, une entreprise sociale visant à promouvoir et booster la carrière de jeunes chefs à travers le continent.

Ayant grandi en Allemagne, comment vous retrouvez-vous au Rwanda dans un projet de restauration au concept unique ?
Après avoir fini mon apprentissage dans plusieurs restaurants étoilés en France, j’ai pris deux ans pour visiter l’Afrique avec comme objectif de comprendre la cuisine africaine. J’ai aujourd’hui quarante-huit pays à mon compteur.
Dès mon arrivée au Rwanda, j’ai ressenti quelque chose de spécial.
Ce qui m’a tout de suite beaucoup marqué, c’est l’écosystème. Ayant longtemps vécu en Allemagne, j’ai trouvé un climat presque identique lorsque je suis allé à Musanze, la région volcanique.
Je suis retourné en Europe et une semaine plus tard, je suis revenu déterminé à réaliser le projet que j’avais imaginé quand j’étais jeune : ouvrir un restaurant approvisionné par une ferme en Afrique.
Je voudrais parler de transmission. Le Rwanda comme d’autres pays en Afrique ont compris que le développement par le tourisme était un chemin intéressant à bien des égards. On voit dans certains pays d’Afrique de l’Ouest qu’il y a une sensibilité dans le métier de l’hospitalité à la cuisine, à la restauration, à l’hôtellerie.

Que pensez-vous de l’émergence de ces métiers-là ? Êtes-vous d’accord que ce sont des métiers qui peuvent capter cette nouvelle géné- ration de jeunes africains pour bien en vivre, partager, transmettre le goût de leurs pays surtout dans les régions où il n’y a pas d’écoles d’hôtellerie, où l’apprentissage de ces métiers est très pauvre ?
Je dis souvent à mes étudiants qu’on ne peut pas acheter une voiture tous les jours, mais que l’on doit manger tous les jours. Du coup, la cuisine c’est la base, c’est elle qui rassemble tout.
Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que les gens voyagent beaucoup pour découvrir la gastronomie de cultures étrangères.
On rencontre des gens qui voyagent de l’Afrique du Sud pour aller manger à Copenhague, d’autres partent de Paris pour aller manger en Amérique Latine.
On dit que l’hôtel qu’on trouve à Rome est le même que celui qu’on trouve à Kigali. Ce qui change fait la différence, c’est l’art culinaire.
Pour la génération de mes grands-parents, la cuisine européenne était la référence, elle inspirait les meilleurs chefs. Plus tard, c’est la cuisine asiatique qui est devenue “hype” avant de se faire voler la vedette par l’Amérique du Sud, quelques décennies plus tard. Pour moi, la cuisine africaine est la prochaine sur la liste. C’est pour cela que l’on doit se préparer à promouvoir notre héritage et notre diversité culinaire. Nous avons tellement de produits à faire découvrir, l’Afrique est le jardin du monde.
À l’époque où nous vivons, manger bio et équilibré est devenu très important. Et l’Afrique peut se vanter d’avoir cette culture du “manger sain”. Il est évident qu’il y a quelque chose à offrir. A Meza Malonga, en plus de promouvoir un mélange subtil entre tradition, modernité et culture, nous mettons également l’accent sur l’apprentissage en formant des jeunes passionnés et en leur donnant les outils pour qu’ils deviennent les grands chefs de demain.

Tout à l’heure, vous parliez de bio. Je vous suis sur l’Instagram et vois souvent des photos de vous dans votre jardin avec vos produits.
Parlez-nous un peu de ce jardin.
Quand je suis arrivé au Rwanda pour la première fois, ce qui m’a tout de suite marqué c’est l’écosystème, cette terre volcanique riche.
J’ai acheté quelques terrains dans un village et j’ai développé cette ferme agricole pendant deux ans avant d’ouvrir le restaurant. L’objectif était vraiment de consommer près de 90% des produits qu’on y cultive. Nous faisons également de l’élevage.